събота, 8 юли 2017 г.

Anne Hébert - Kamouraska

Kamouraska
Un roman sombre, violent, presque morbide, et en même temps très exigeant envers son lecteur. Je dois reconnaître que la lecture du roman m’a paru particulièrement ardue : j’ai rarement eu affaire à un texte si difficile à aborder, si rébarbatif en quelque sorte. Un effort constant pour comprendre de quoi on parle, de quel moment, de quel lieu, de quel personnage, etc. Bref, se repérer n’est pas chose facile dans cet écrit et il y a fort à parier que ceci n’est pas dû au hasard ou à l’inhabileté de l’autrice. Les analepses, prolepses et pauses narratives sont légion. Le brouillage des repères rationnels semble miner le sang-froid du lecteur pour le précipiter dans le monde effrayant et bousculé de la passion, des sentiments aussi impétueux que pernicieux. L’héroïne principale, Elisabeth, présente d’ailleurs les traits distinctifs de la femme fatale : elle inspire l’amour fou tout en acheminant son amoureux vers sa perte. Et comme chaque figure de femme fatale, celle-ci n’est pas unilatérale mais porte bien à confusion : est-ce une victime de l’ordre social, de l’univers masculin implacable, est-ce une incarnation de la peur de l'homme face à ses propres désirs, face à sa propre étrangeté au monde structuré dont il se croit l'héritier et le pilier ou bien serait-ce une créature diabolique ? Le diabolisme est un motif résolument développé à travers la narration. Voici un exemple :
"Antoine Tassy mérite la mort. Il réclame la mort. Par son silence même. Par son inexplicable absence. Il vous provoque, comme il me provoque. Il veut se perdre et nous perdre avec lui. Ce désir de mort dans ses os depuis toujours. Allez-vous encore (évoquant la détresse d’un enfant blond, miroir de votre propre désespoir) éviter de sacrifier Antoine ? Tourner l’arme contre vous ? Le crime est le même."
Quant à la peinture de la passion à travers le style, celui-ci se fait volontiers expressionniste dans des passages comme celui-ci :
"Si je ferme les yeux, je te retrouve livré aux métamorphoses étranges des mâles et des hommes. Une image, particulièrement, me poursuit. Tu te souviens de ce coq, dans l’écurie, qui avait pris l’habitude de passer la nuit sur le dos de ton cheval ? Un matin, le coq s’est pris les ergots dans la crinière du cheval. Ton cheval se cabre. Se dresse sut ses pattes de derrière. Le coq entrave déploie toute son envergure. Tente de se dégager. A grands coups d’ailes exaspérées. Se débat en vain. Coq et cheval ne forment plus qu’un seul corps fabuleux. Un seul battement, un seul écart d’ailes et de fers. Un seul tumulte, hennissements, et cocoricos, emplissant l’écurie de sa clameur, abattant les cloisons de la stalle. Dans un arrachement de plumes et de crins, de planches cassées et de clous tordus.
Je crie. C’est toi, mon amour, cette fureur ameutée. Coq et cheval emmêlés, c’est toi, toi courant gaiement à l’épouvante et au meurtre. Sur un dangereux chemin de neige."
Certes, la grille féministe ne saurait qu’être la bienvenue dans ce roman, et avec elle tout un paradigme, celui du social. Il est curieux pour moi de découvrir un roman au fond bien romantique (dans le sens historique du terme) qui affiche une écriture très moderne, très mouvementée, très libre. Le romantisme rencontre le modernisme et le réalisme tout d'une pièce, ce qui ne devrait être possible que dans des sociétés comme le Québec. Par ailleurs, le récit est éminemment américain et plus précisément canadien, de par la présente prononcée de l’hiver, de certaines coutumes et réalités. La langue dont se sert Anne Hébert est plus généralement française : il n’y a pas de québécismes comme c’est le cas de Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, par exemple. Dans son ensemble, j’ai trouvé ce roman trop noir, prétentieux, désagréable et ennuyeux. Au niveau des idées, de la complexité esthétique et de l’imagerie il présente cependant des particularités et des profondeurs qui méritent certainement une analyse plus approfondie.

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