четвъртък, 6 април 2017 г.

Dany Laferrière - L'Enigme du retour

Cette posture frivole est-elle laferrienne ?
Le roman L'Enigme du retour de Dany Laferrière est paru en 2009. Il a remporté quatre prix littéraires prestigieux. Le roman présente des liens manifestes avec un autre texte de Laferrière, Chronique de la dérive douce, qui lui connaît deux éditions comportant des différences importantes (1994 et 2012). Les deux textes présentent des structures spéculaires, inverties – si Chronique de la dérive douce raconte l’arrivée de Vieux à Montréal (l’énigme de l’arrivée, comme dit la publicité de l’édition de 2012), Enigme du retour retrace le retour de l’écrivain déjà célèbre et à l’âge mûr dans son pays natal à l’occasion de l’enterrement de son père. Ainsi, Enigme du retour est une variante à rebours de Chronique de la dérive douce. En outre, les deux textes affichent des particularités formelles similaires : ce sont des romans-poèmes, des romans en vers, comportant de nombreuses scènes au souffle lyrique, des passages contemplatifs et parfois mystérieux rappelant des haïku (ce n’est pas par hasard que le Japon et plutôt l’écriture japonaise est une figure récurrente chez Laferrière).
Le roman adopte la structure d’un récit de voyage bien net : la premère partie raconte le jours précédant le voyage, les « Lents préparatifs de départ », comme le titre l’indique, tandis que la seconde partie présente toutes ses expériences en terre haïtienne (avec un bref passage à New York). Ainsi, le récit est complexifié, puisque l’expérience traversée par le héros est confrontée à l’anticipation du voyage depuis le point de vue d’un immigré montréalais qui n’a jamais remis le pied sur le sol natal depuis trente ans.
Dans le chapitre « Le coup de fil » de la première partie, qui sert d’exposition au livre, il reçoit la nouvelle de la mort de son père. Dans le chapitre suivant, « Du bon usage du sommeil », il fait part du début de son écriture.  Dans « L’exil », Il mentionne Chronique de la dérive douce : son carnet de souvenirs d’il y a trente ans. Ainsi, il ré-évoque de nouveau ses souvenirs de sa première migration à Montréal. Il décrit ses cafés préférés à Montréal , y compris un bistrot, où il donne une entrevue. Pour illustrer l’allure rhizomatique typique de l’auteur, mentionnons que le chapitre se poursuit avec une réflexion sur la baignoire et plus précisément la lecture dans la baignoire (image récurrente dans l’œuvre de l’écrivain), où le héros fait alterner les pages de Césaire et les gorgées de rhum. Ensuite, il s’arrête sur la photo de son père pour sauter sur le sujet de la météo et du temps à Montréal. Le chapitre suivant, « La photo », reprend l’examen personnel de la photo du père. Un passage que j’ai beaucoup aimé est celui-ci (du chapitre « Le bon moment ») :

« Il arrive toujours ce moment. Le moment de partir. On peut bien traîner encore un peu à faire des adieux inutiles et à ramasser des choses qu’on jettera en chemin. Le moment nous regarde et on sait qu’il ne reculera plus. »
"Le bon moment" à l'arrêt du bus 120 près de l'Ambassade roumaine à Sofia. Une balayeuse gitane bien laferrienne est en train de faire son boulot. 
Il parle ensuite de son voisin immigré italien, surnommé Garibaldi. Une confrérie des immigrants, réunis autour du seul fait d’être exilés, est ainsi mise en récit. Un autre exemple du style « fluvial », se répandant tel un fleuve, de Laferrière nous est offert par « Le temps des livres ». Le chapitre commence par une méditation sur les livres, et plus précisément sur le rapport du narrateur à l’objet du livre, voire à la marchandise du livre (« Je n’achetais un livre que si l’envie de le lire était plus forte que la faim qui me tenaillait. »),  mais le reste du chapitre parle de tout sauf de livres.
La première partie se termine par une scène se déroulant dans un café étudiant au coin de la rue Ontario, où l’on entend Arcade Fire. L’auteur nous fait plonger dans la contemporanéité immédiate, il verse quasiment dans le documentaire, mais celui-ci est suivi d’une mise en abyme. Nous assistons à l’acte créateur, où Vieux « grifonne ces notes hâtives » qui sont des projets de textes de chansons. Ces projets m’intriguent beaucoup et j’aimerais vraiment les entendre en musique (ou les mettre, pourquoi pas). Les voici :


A Manhattan le héros passe par la petite chambre de Brooklyn où son père a vécu. 

La solitude des grandes villes, dans le tramwai 10 à Sofia, un soir d'hiver

Il offre une peinture émouvante de l’atmosphère new-yorkaise et ce dans un français spontané et naturel, comme si le français faisait partie intégrante du paysage américain. J’ai mis ce « comme si » exprès, pour susciter la réflexion, mais en réalité le français est bien une partie intégrante de l’Amérique et dans ce texte Laferrière, volontairement ou non, ne fait que souligner ce fait.
La seconde partie, « Le retour », décrit toutes ses impressions, réflexions, réactions complexes, réminiscences du voyage en Haïti. La partie s’ouvre sur la vue « Du balcon de l’hôtel », avec  une scène (socialement révélatrice ?) des pensées lascives d’un certain « moustachu » à l’endroit d’une petite fille.
Chaque chapitre de ce roman est comme une photo déclenchant une réaction par et dans la langue. Cette approche me rappelle celle du dernier récit de Sonya Anguelova, Ce qui demeure, où elle se propose de mettre en récit chaque photo qu’elle a prise lors de son retour en Bulgarie.
Dans « Ghetto en guerre dans la chambre », le héros fait connaissance avec son neveu qui réapparaîtra dans les chapitres qui suivent aussi. Ainsi, la jeune génération haïtienne entre en scène, ce qui enclenche des pensées et des juxtapositions riches en implications.

Je pourrais dire que, pour des raisons probablement purement personnelles, la première partie m’a intrigué davantage que la seconde. Les préparatifs de voyage ont quelque chose d’excitant, de prometteur  et d’alarmant à la fois que le voyage même ne pourrait égaler. C’est un recueil de petits récits, de petites scènes bien lyriques, d’une mélancolie tendre qui n’expulse guère la perspicacité analytique.

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